Le congé maternité en France est parmi les plus courts en Europe. Les jeunes mamans qui allaitent doivent reprendre le travail quelques semaines seulement après avoir réussi à mettre en place leur allaitement. Pour celles qui veulent continuer à allaiter, les conditions pour maintenir cet allaitement ne sont pas vraiment favorables dans le monde du travail en France. Ainsi, 30% des jeunes mères allaitantes décident de sevrer leur bébé lors de la reprise du travail. Examinons pourquoi cette transition s’avère si compliquée et comment mieux s’y préparer.
Des espaces inadaptés à l’allaitement en entreprise
La législation française prévoit certaines dispositions concernant l’espace dédié aux jeunes mamans allaitantes, mais celles-ci restent insuffisantes :
- Seules les entreprises de plus de 100 salariés ont l’obligation légale de disposer d’une salle dédiée à l’allaitement
- Le code du travail stipule un minimum de 3m² par enfant, autant dire que l’on peut se retrouver avec un placard en guise de local d’allaitement
- Pour les femmes travaillant dans de plus petites structures, l’aménagement d’un espace dépend entièrement du bon vouloir de l’employeur
Les conséquences sont parfois alarmantes : selon une enquête de Vanilla Milk (2023), plus de 15% des jeunes mamans interrogées ont été contraintes de tirer leur lait dans les toilettes de leur entreprise. Une situation peu propice à la détente et à la sécrétion d’ocytocine, hormone essentielle à la production de lait.
Au-delà de la surface, l’aménagement de cette salle d’allaitement peut aussi être plus ou moins adapté. Y a-t-il un frigo ou un étage du frigo dédié à la conservation du lait tiré? Y a-t-il un congélateur pour garder les pains de glace pour les glacières des mamans qui ont un trajet retour qui nécessite de réfrigérer le lait? La salle possède elle des sièges confortables et une ambiance cosy qui vont favoriser la production de lait? Tous ces paramètres vont influencer l’expérience de la maman allaitante et favoriser ou pas la poursuite de l’allaitement.
Des pauses allaitement non rémunérées
L’aspect économique joue également un rôle déterminant dans la poursuite de l’allaitement car :
- Les deux pauses quotidiennes de 30 minutes prévues par le code du travail pour tirer son lait ne sont pas rémunérées
- Ce manque à gagner s’ajoute aux désavantages financiers déjà associés à la maternité (congé parental, temps partiel, accès limité aux promotions)
Ces facteurs pèsent lourdement dans la décision d’interrompre l’allaitement, particulièrement pour les femmes aux revenus modestes.
Certaines entreprises prennent en charge le temps des pauses allaitement et ne les déduisent pas du salaire. Il serait souhaitable que cette bonne pratique soit mise en place dans toutes les structures.
Un soutien et une reconnaissance des bénéfices insuffisants
Le manque d’accompagnement des femmes allaitantes au sein des entreprises constitue un autre frein majeur. Seulement 3 salariées sur 10 bénéficient d’un soutien de leur entreprise pour poursuivre l’allaitement. Ce soutien peut se manifester par une politique claire en faveur de l’allaitement ou par des mesures concrètes d’accompagnement organisationnel et psychologique (mise en place d’un espace allaitement bien équipé, mise à disposition d’un accompagnement au tire-allaitement ou d’un soutien émotionnel…). Communiquer sur ce sujet et valoriser les femmes qui poursuivent leur allaitement est également un moyen de soutenir celles qui s’engagent dans cette voie.
Au-delà de favoriser la qualité de vie au travail en soutenant les femmes allaitantes, les entreprises auraient tout intérêt à encourager la poursuite de l’allaitement pour celles qui le souhaitent car :
- Les enfants allaités plus longtemps développent un système immunitaire plus robuste. Cela se traduit par moins de maladies infantiles et donc moins d’absences des collaboratrices pour ces motifs.
- Une politique favorable à l’allaitement peut également renforcer l’image de l’entreprise et fidéliser les talents féminins
Un investissement simple, pour un retour concret et mesurable.
Vers un changement de paradigme
Pour que la reprise du travail ne soit plus la première cause d’arrêt de l’allaitement chez les bébés de plus de 9 semaines, plusieurs pistes méritent d’être explorées :
- Une sensibilisation accrue des dirigeants et des équipes aux enjeux de l’allaitement
- Un aménagement des espaces adaptés, même dans les petites structures
- Une révision des dispositions concernant la rémunération des pauses d’allaitement
- La valorisation et l’identification des entreprises « allaitement-friendly » pour encourager les bonnes pratiques
- Un accompagnement spécifique proposé aux jeunes mamans tire-allaitantes sous forme d’ateliers en entreprise
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